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La Garrigue

Si aucun agent de dégradation de la végétation n’intervenait (agent naturel tel le feu ou agent humain telle la déforestation, la mise à feu volontaire...), notre région serait recouverte d’une forêt. Dans cette forêt plusieurs espèces d’arbres domineraient en fonction de l’exposition, de la ressource en eau... Dans les secteurs actuellement occupés par les garrigues le couvert forestier serait dominé par le chêne blanc ( chêne pubescent ). La proportion de Chêne vert serait moindre. Sous ce couvert forestier, on rencontrerait un cortège floristique classique des sous-bois méditerranéens.

 L’influence déterminante de l’Homme:

Toutefois, tant sous la contrainte des agents de dégradations naturels que sous ceux d’origine humaine, l’histoire de la végétation méditerranéenne est une succession de phases de dégradation et de reconstitution du couvert forestier. Vers - 5 000 av. J.C, les sociétés humaines languedociennes sont passées d’un stade chasseur-cueilleur à un stade cultivateur-éleveur. Cette évolution a conduit, sur plusieurs siècles, à un changement radical du comportement humain face à la nature. Les archéologues nomment cette transition le néolithique. Suite à ce bouleversement de société, l’homme n’a eu de cesse d’aménager la nature en fonction de ses besoins et ce, à l’aide d’outils de plus en plus performants:

            - Le pastoralisme a conduit à la création de pâturages. Pour ce faire, l’homme a, peu à peu et en fonction du degré de perfection de son outillage, ouvert l’espace forestier. Il a utilisé diverses techniques pour accentuer et pérenniser ce milieu ouvert sur des superficies dont les dimensions étaient assujetties à la démographie. Le feu, l’outillage de pierre puis de métal, l’élevage d’espèces à fort pouvoir de dégradation sur les végétaux ( les ovins: chèvres et moutons )... L’action conjuguée de ces facteurs a entamé sérieusement le couvert forestier.

            - L’agriculture a produit les mêmes effets que l’élevage des ovins. Ici encore, les superficies de forets élaguées furent fonction des nécessités dues à la démographie et aux possibilités permises par l’outillage. Des parcelles ont été cultivées en graminées, jardinages puis en vignes.

            - La sédentarisation des groupes humains et la création des premières centres urbains vers -4500 av J.C.; a conduit à concentrer les zones de mises en valeur des terres. Les secteurs éloignés des villes et villages n’ont été exploités qu’à chaque période de prospérité économique et donc d’accroissement de la démographie. C’est sur ces zones éloignées que se sont succédées les phases de défrichement et d’abandon au cours des siècles. C’est donc sur ces zones que ce paysage végétal et minéral que nous nommons garrigue se développe.

            - Les activités industrielles archaïques ou modernes ont également contribué à cette dynamique générale. Les fours de cuisson, et ceux des potiers ont constitués les premières activités consommatrices importantes de bois. L’arrivée des techniques de la métallurgie vers - 2500 ans av J.C. en Languedoc a accentué la déforestation amorcée dès le néolithique. Dans les périodes plus récentes, d’autres sources d’énergies ont été mises en valeur: la force hydro-motrice notamment. Cependant, l’irrégularité des débits a toujours assujetti le Languedoc à la consommation de bois. Des premiers fours de potier en passant par les verreries du XVIIème siècle, les machines à charbon de la révolution industrielle et la consommation domestique ( le fuel et l’électricité n’ont devancé le bois que dans les années 1960-70 ! ), la forêt méditerranéenne a subit les « outrages » de plusieurs millénaires d’exploitation. 

Un climat propice à la dégradation des sols: 

A ces agents de dégradation humaine, il faut faire intervenir notre climat. Sous le couvert forestier, le sol est protégé par le feuillage des arbres. Il est stabilisé par l’enracinement des plantes. Suite à l’ouverture du milieu, le sol se retrouve dénudé, fragilisé. En milieu méditerranéen, deux saisons sont caractérisées par la survenue de pluies violentes. Le printemps et l’automne. Les épisodes de pluie répétés sur les espaces déforestés ont rapidement emporté les sols forestiers fertiles. Peu à peu, au cours des phases de défrichement d’abandon et de réexploitation, les sols ont été érodés. Certains secteurs sont à tel point dégradés que la roche affleure à la surface. Dans un tel milieu, aucun ligneux ne peut se développer.

Ces milieux stériles ont été abandonnés car trop peu rentables. Ils constituent des secteurs sur lesquels la végétation reprend peu à peu sa dynamique de reconquête.

 Un milieu transitoire:

 Cette dynamique va prendre des dizaines d’années voire des siècles pour aboutir , si aucun élément ne l’y entrave, à un couvert forestier. Les botanistes ont découpé la reconquête végétale en « phases successives » que l’on peut observer actuellement sur différents secteurs qui ont été abandonnés à des périodes différentes et sur lesquels la végétation sauvage a une histoire plus ou moins longue.

Le premier stade de la reconquête est assurée, sur un substrat rocheux par les lichens et les mousses. Ces végétaux dits inférieurs ne possèdent pas de système racinaire. Ils utilisent la roche comme substrat et se développent grâce aux apports minéraux contenus dans l’eau de ruissellement. Ils ont également un pouvoir chimique d’attaque des roches et accentuent leur altération naturelle. Les particules, notamment argileuses, formées se mêlent alors aux éléments végétaux morts. La pluie et le vent concentrent ces matériaux dans les cavités et les creux. Il s’y forme alors un substrat favorable à la fixation et au développement des plantes dites supérieures qui possèdent des racines, une tige et des feuilles. C’est à partir de ces stades que l’on va commencer à voir dans le paysage des zones aux ligneux bas entrecoupées de rocailles à la végétation rare, on parle de garrigue.

Parmi les stades pionniers de la végétation supérieure qui conduira à la garrigue, il en est un aux caractéristiques remarquables: le stade pelouse. Ce sont les graminées qui dominent cette étape de reconquête. L’espèce caractéristique sur les sols calcaires est le brachypode rameux. Dans ce type de milieu se développe un cortège de plantes herbacées dont la floraison est spectaculaire. Les orchidées en sont des représentants forts remarquables. De manière simpliste, deux familles d’orchidées sont distinguables dans notre région:

- Les orchis: elles présentent une floraison en grappe le long d’une tige axiale unique.

- Les ophrys: elles présentent des fleurs isolées sur des rameaux latéraux à la tige axiale.

La floraison des orchidées méditerranéennes s’échelonne depuis le sortir de l’hiver jusqu’au milieu de l’été. De nombreuses espèces sont en voie de disparition et nous vous invitons à préférer les prendre en photo plutôt que de les cueillir ou d’essayer de les transplanter chez-vous. Aux nécessités de la sauvegarde s’ajoutent des arguments pratiques:

- Les orchidées ne se conservent pas en herbier.

- Les orchidées, pour se développer, doivent entrer en symbiose avec un champignon. Le type de champignon est différent suivant l’espèce. De ce fait, une orchidée est tributaire d’un type de sol strict qu’il est très difficile de reproduire et d’entretenir artificiellement dans son jardin ou en pot. Ils est donc très difficile d’introduire une culture d’orchidées sauvages dans votre jardin. La meilleur façon pour espérer contempler les orchidées est donc de participer à leur protection et à celle de leurs stations naturelles ! 

Les orchidées ne sont pas les seules plantes herbacées à la floraison spectaculaire dans le milieu ouvert de la pelouse à brachypode. Les globulaires, les iris sauvages nains, les asphodèles et bien d’autres plantes apportent à notre garrigue printanière un bouquet de couleurs très variées. Les garrigues de Bessilles à Montagnac et celles de Castelnau-de-guers offrent des espaces très propices aux observations des stades pionniers. 

Au cours des années, la pelouse à brachypode va permettre la formation d’un sol de plus en plus profond. Les premiers ligneux vont alors s’implanter dans ce milieu. Le sol est alors couvert d’une pelouse qui laisse encore apparaître des parcelles de roche à nue sur lesquelles s’accrochent mousses et lichens. Les ligneux apparaissent progressivement et forment des moutonnements qui tendent à se rejoindre au fil des ans. C’est à ce stade que les botanistes parlent de garrigue. Parmi les ligneux se trouvent nombre d’essences aromatiques: le thym, la lavande, le romarin... Ces espèces se développeront en fonction des propriétés chimiques du sol.

Les cortèges floristiques des garrigues sur sol acide, tamponné ou alcalin diffèrent par certaines espèces qui en deviennent caractéristiques. On peut alors, avec de solides connaissances botaniques, déterminer le type de roche en se référant aux espèces végétales présentes. Un exemple caractéristique est la répartition différentielle des trois espèces de genévriers de la région languedocienne:

            - Le genévrier cade se rencontre dans les garrigues sur sol calcaire à faible altitude

            - Le genévrier commun, lui se rencontre sur sol plus acide, siliceux. Il est bien présent dans les maquis des contreforts schisteux du nord de Roujan. On le rencontre aussi en plaine.

            - Le genévrier de phoenicie se rencontre surtout dans les reliefs escarpés sur terrain dolomitique.    Ce buisson qui présente l’aspect d’un cyprès est fréquent dans les secteurs de Mourèze et de Carlencas. Cette description rapide souffre d’exceptions dues à la nature exacte du sol et à des phénomènes d’adaptation mais correspond à un réalité générale. 

La couverture ligneuse va concurrencer les herbacées du stade précédent. Recouverts et privés de la lumière indispensable pour faire leur photosynthèse, les plantes de la pelouse vont disparaître peu à peu.

La concurrence va alors s’exercer entre ligneux. Au cours du temps, les espèces se succèderont. Les ligneux de petite taille feront place à ceux de taille plus grande. Cette succession de végétations strate par strate aboutira à l’établissement d’une végétation forestière, stade ultime de la reconquête végétale.

 Il existe des cas où, parce qu’un agent de dégradation a sévi trop souvent, le milieu s’est couvert d’une végétation homogène qui semble installée de manière immuable. Par exemple, le feu répété sélectionne les essences qui lui résistent le mieux. Le chêne kermès en est un très bon exemple. Dans les zones de mise à feu annuelle ( notamment les anciens pâturages ), le milieu est couvert d’une végétation dont la richesse en espèces est appauvrie: Le kermès ferme l’espace.

 La notion de dégradation ne doit pas être prise au sens péjoratif. Le rétablissement d’un couvert forestier homogène réduirait la diversité des espèces tant animales que végétales de notre milieu méditerranéen. C’est à une mosaïque de stades qu’il faudrait parvenir afin de ménager la diversité des espaces et de conserver les espèces adaptées à chaque stade de dégradation et bien sur au stade forestier.   

 

 

Représentation schématique

de stades de végétation observés dans la garrigue:

 

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  Dynamique
régressive

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 Stade forestier:

Chênes verts et blancs, plantes de Sous-bois.

Stade garrigue:

 ligneux  

 Stade pelouse:

brachypodes et herbacées.   

 Stade roche à nue:

Lichens

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Dynamique de reconquête

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Quelques plantes de la strate herbacée en milieu de dégradation avancée:

 Les espèces ci-dessous constituent des plantes dites « pionnières » dans la reconquête du milieu par les plantes vasculaires. Elles disparaîtront du milieu lorsque les petits ligneux envahiront leur aire de répartition. En effet, ce sont des végétaux herbacés. Leurs tissus ne comportant pas de lignine, elles ne sont pas rigides et ne peuvent monter en hauteur. Les ligneux nécessitent une qualité de sol plus complexe que ces pionnières qui modifient peu à peu sa composition. Lorsque les ligneux pourront se développer, ils recouvriront les herbacées. Privées de la lumière, les plantes pionnières ne pourront plus effectuer leur photosynthèse et disparaîtront « étouffés » par la nouvelle strate de végétation. Ce sont des plantes qui présentent une très belle floraison. De ce fait, elles subissent une récolte intensive et sont toutes à considérer comme à protéger. La plupart sont en voie de disparition. Observez-les dans leur contexte naturel mais ne les cueillez pas !  

Quelques animaux de la garrigue:

 La garrigue offre une grande diversité animale. Les espèces s’y répartissent parfois en fonction de leurs exigences. Je ne citerais ici que quelques exemples:

- Le scorpion languedocien: Durant les chaudes journées, il est terré dans un terrier sous une pierre. Il se rencontre surtout dans les terrains pierreux sur sol sableux. Il se distingue du scorpion noir fréquent dans les jardins par sa couleur jaunâtre. Il représente un danger certain pour les jeunes enfants. Éviter de vous en approcher de trop près.

- Le guêpier est un oiseau qui creuse son nid dans des falaises. Il se nourrit d’insectes volants telles les cigales. On l’observe surtout dans les zones où les talus de vignes sont hauts et où la nature du sol permet le creusement ( sables, argiles...). Ne vous approchez pas des sites de nidification: vous risquez de sacrifier des nichées pour une photographie !

 Durant la période chaude, les animaux évitent se sortir en journée afin d’éviter les pertes d’eau. Les insectes se concentrent sous les pierres. C’est un moyen pour en observer facilement. N’oubliez pas de remettre la pierre en position après votre observation. La meilleure période pour observer la vie foisonnante des insectes demeure la soirée, période d’activité également pour les moustiques...

 

 


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Dernière modification le : samedi 12 janvier 2008.